Chaos dans les chaînes d'approvisionnement : pourquoi à peine 3 % des entreprises se sentent vraiment préparées

 

Vous commandez une nouvelle cuisine. Le vendeur promet une livraison dans huit semaines. Mais voilà que le plan de travail est bloqué dans un port en Asie, les robinets proviennent d'une usine paralysée par une cyberattaque, et le monteur ne peut pas venir parce que sa camionnette attend une pièce en provenance d'Allemagne.

Cela vous semble familier ? Alors vous savez à quel point les chaînes d'approvisionnement peuvent être vulnérables.

À peine 3 % des entreprises dans le monde considèrent leur chaîne d'approvisionnement comme « très résiliente ». Trois pour cent ! Ce chiffre issu de l’Allianz Risk Barometer 2026 est éloquent. La grande majorité qualifie sa chaîne de « relativement résiliente ». Et près d'un tiers en doute même.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Et surtout : comment sortir de cette vulnérabilité en tant qu'entrepreneur ?

La tempête parfaite

Ces dernières années, les chaînes d'approvisionnement ont encaissé coup sur coup. Le COVID-19 a mis des usines à l'arrêt et perturbé le trafic maritime pendant des mois. La guerre en Ukraine a fait exploser les prix de l'énergie et tarir les flux de matières premières. Les tensions commerciales entre grandes puissances ont par ailleurs entraîné des droits de douane et des restrictions à l'exportation.

Et comme si cela ne suffisait pas, les cyberattaques sont venues s'y ajouter. Une seule attaque par ransomware contre un fournisseur peut paralyser toute une chaîne de production pendant des semaines. À titre d'illustration : un cyberincident chez Jaguar Land Rover en 2025 a causé des dommages estimés à 2,8 milliards de dollars et une baisse de 30 % de la production automobile britannique.

Soyons honnêtes : l'époque du « just-in-time » sans filet de sécurité est révolue.

Le cygne noir que tout le monde redoute

Quel scénario cauchemardesque préoccupe le plus les experts en risques ? L’Allianz Risk Barometer  a posé la question et la réponse est claire : 51 % des répondants citent une paralysie mondiale des chaînes d'approvisionnement liée à un conflit géopolitique comme l'événement majeur, inattendu et le plus probable des cinq prochaines années.

Concrètement, cela signifie : une escalade entre grandes puissances – pensez aux tensions autour de Taïwan ou du Moyen-Orient – qui stoppe brutalement le commerce mondial. Plus de puces en provenance d'Asie. Plus de pétrole du Golfe. Plus de pièces pour votre ligne de production.

Ce n'est pas du catastrophisme. C'est de la planification de scénarios. Et les entreprises qui ne s'y intéressent pas courent un risque bien réel.

La Belgique : petit pays, grande dépendance

En tant qu'économie ouverte, la Belgique est particulièrement vulnérable aux perturbations des chaînes d'approvisionnement. Nos ports – Anvers et Bruges en tête comptent parmi les plus grands d'Europe. Cela fait de nous une plaque tournante logistique, mais aussi un relais pour les problèmes survenant ailleurs dans la chaîne.

Les PME belges sont souvent des fournisseurs de grands acteurs internationaux. Quand un constructeur automobile allemand arrête sa production, le fabricant de pièces limbourgeois le ressent immédiatement. Quand un distributeur français annule ses commandes, le producteur alimentaire de Flandre orientale se retrouve avec des surplus.

Cette interconnexion est notre force, mais aussi notre talon d'Achille.

Ce que font les entreprises aujourd'hui

L’Allianz Risk Barometer a demandé aux entreprises comment elles gèrent les changements de flux commerciaux et les guerres tarifaires. Les réponses révèlent un secteur en mouvement :

  • Explorer de nouveaux marchés et produits (50 %) : diversifier pour réduire la dépendance à une région ou à un secteur.
  • Renégocier et diversifier les fournisseurs (49 %) : double sourcing, alternatives, relocalisation partielle.
  • Optimiser les coûts (49 %) : efficacité opérationnelle et outils avancés de pilotage.
  • Étudier le nearshoring (35 %) : rapprocher la production pour limiter les risques logistiques.
  • Renforcer les stocks (32 %) : stocks tampons, zones franches, stratégie d'entreposage.

Fait notable : les entreprises optent pour l'instant davantage pour une reconfiguration que pour une délocalisation complète. La relocalisation prend des années et nécessite d'énormes investissements. La diversification peut être plus rapide et plus flexible.

Les risques cachés de la diversification

Mais la diversification n'est pas non plus une solution miracle. Celui qui étend sa chaîne d'approvisionnement crée de nouvelles vulnérabilités. Déplacer une usine vers une région aux tarifs plus bas peut signifier se retrouver dans une zone présentant des risques plus élevés de catastrophes naturelles, d'instabilité politique ou – encore une fois – de cyberattaques.

Daniel Muller, Head of Emerging Risk Trends chez Allianz Commercial, met en garde : « Historiquement, les risques étaient gérés en silos : climat, géopolitique et cyber étaient traités séparément. Cette approche n'est plus tenable. Les organisations doivent développer une stratégie de résilience intégrée. »

Autrement dit : on ne peut pas résoudre un risque en en créant un autre. La gestion des chaînes d'approvisionnement exige une vision d'ensemble.

Cyber et chaînes d'approvisionnement : un cocktail dangereux

Le lien entre les cyber-risques et les perturbations des chaînes d'approvisionnement se renforce. L'infrastructure numérique est aujourd'hui critique pour chaque maillon de la chaîne. Une panne cloud chez un grand fournisseur peut toucher des milliers d'entreprises simultanément. Un piratage chez un éditeur de logiciels peut se propager à tous ses clients.

L’Allianz Risk Barometer révèle que plus des trois quarts des entreprises utilisent des services cloud pour la plupart ou la totalité de leurs activités. Or, seules trois entreprises contrôlent plus de 60 % de l'infrastructure cloud mondiale. Cette concentration est un risque en soi.

Rien qu'en 2025, plusieurs pannes majeures ont touché Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud. À chaque fois avec un impact sur des milliers d'entreprises dans le monde. La leçon ? La dépendance numérique est aussi une dépendance liée aux chaînes d'approvisionnement.

De la résilience à l'action

Comment construire une chaîne d'approvisionnement plus résiliente en tant qu'entrepreneur ? Quelques pistes de réflexion :

  • Connaissez votre chaîne d’approvisionnement. Savez-vous qui sont les fournisseurs de vos fournisseurs ? Beaucoup d'entreprises n'ont aucune visibilité sur le deuxième ou troisième niveau de leur chaîne d'approvisionnement. C'est souvent là que se cachent les plus grandes vulnérabilités.
  • Investissez dans la visibilité. Les logiciels modernes de gestion de la chaîne d'approvisionnement vous donnent un aperçu en temps réel de l'emplacement de vos marchandises, des risques en jeu et des retards potentiels. Cet investissement est rentabilisé dès la première crise.
  • Constituez des réserves. Le just-in-time est efficace, mais fragile. Un stock stratégique de pièces critiques peut faire la différence entre un léger retard et un arrêt complet de la production.
  • Diversifiez de manière réfléchie. Répartissez vos fournisseurs, mais faites-le judicieusement. Analysez les risques de chaque région et de chaque partenaire. Diversifier sans analyse des risques, c'est naviguer à l'aveugle.
  • Exercez-vous aux scénarios. Que faites-vous si votre principal fournisseur disparaît demain ? Avez-vous un plan B ? Des tests de résistance et des exercices de scénarios réguliers rendent votre organisation plus agile.
  • Anticipez l'imprévu. Certaines expositions restent difficiles à transférer, mais des solutions existent, notamment via des couvertures de perte d'exploitation et des extensions liées aux fournisseurs. L'essentiel est d'aligner prévention, continuité et assurance.

L'avenir est plein d'opportunités et vous pouvez vous y préparer

Les chaînes d'approvisionnement restent en mouvement. Évolutions géopolitiques, transitions climatiques, innovations technologiques : la dynamique s'intensifie et offre de nombreuses possibilités aux entreprises qui osent regarder vers l'avenir.

La bonne nouvelle ? Vous avez tous les outils en main pour y répondre. Les entreprises qui investissent dans la visibilité, la diversification et la résilience en récoltent les fruits. Pas seulement dans les périodes difficiles, mais aussi en temps de croissance et de renouveau.

Les 3 % d'entreprises qui se disent aujourd'hui « très résilientes » ont un point commun : elles traitent la chaîne d'approvisionnement comme un levier stratégique, pas comme un simple sujet opérationnel. En posant les bons jalons – visibilité, scénarios, diversification maîtrisée – vous ne faites pas qu'absorber les chocs : vous gagnez en agilité et en compétitivité.

Vous souhaitez évaluer votre exposition aux ruptures d'approvisionnement et aux pertes d'exploitation ? Parlons-en : Allianz peut vous accompagner avec des solutions sur mesure et des conseils de prévention. 

Source :  Cet article est basé sur l’Allianz Risk Barometer 2026, une enquête annuelle menée auprès de 3 338 experts en risques dans 97 pays. En savoir plus 

Contacteer een makelaar en krijg het juiste advies!